Photo : Amélie Lummaux

Amélie Lummaux, Directrice du développement durable et des affaires publiques, témoigne de la situation rencontrée par le Groupe ADP face à la crise sanitaire : actions menées par le Groupe, avenir du secteur aérien, stratégies à mettre en place pour relancer l’activité sur le territoire…

Comment le Groupe ADP s’adapte face à la situation actuelle ?

Le Groupe ADP est dans une situation compliquée, comme bien d’autres entreprises. Le service aérien est quasiment à l’arrêt, ce qui génère de fortes difficultés économiques. Dans un premier temps, nous avons dû répondre de notre mieux à la crise sanitaire en participant à la lutte contre la pandémie. C’est ce qui a été fait pour l’approvisionnement en masque et matériel médical avec le pont aérien entre la Chine et la France. Ou encore lorsque l’on a transformé Paris-Orly en aéroport dédié, dans les premières semaines après sa fermeture, à l’évacuation des malades vers l’extérieur de l’Île-de-France.

Ensuite, il est essentiel que le trafic puisse repartir dans les meilleures conditions de sécurité sanitaire, à la fois, pour notre activité propre, celle des compagnies aériennes et pour le territoire. Pour cela, nous devons redonner confiance aux usagers en harmonisant les règles sanitaires pour la circulation entre les différents aéroports. C’est le travail que nous faisons auprès des autorités, en coordination avec les institutions européennes, les autres aéroports européen et l’Agence Européenne pour la Sécurité de l’Aviation, l’EASA.

D’un point de vue financier, le Groupe ADP a fait des économies pour assurer sa pérennité et ainsi préserver dans la mesure du possible sa santé financière. Nous avons mis en place un plan d’économie de 470 millions d’euros, dont environ 290 millions sur les plateformes parisiennes. Nous avons aussi mis en activité partielle environ 70% des effectifs du Groupe. L’impact de cette crise sur le plan RH est très dur, mais ces mesures sont malheureusement indispensables. Nous espérons que le trafic pourra redémarrer le plus vite possible pour que l’on puisse à nouveau contribuer au dynamisme de l’économie locale.

Cette crise va métamorphoser les règles sanitaires en place dans notre pays et dans le monde entier et les attentes des passagers. Quels changements cela peut apporter sur vos métiers ? Comment procéder ?

Il est sans doute un peu tôt pour le savoir mais il est possible que de cette crise engendre une transformation des métiers et fasse émerger le besoin de nouvelles compétences, par exemple liées au contrôle sanitaire et médical beaucoup plus large dans les aéroports. Il est probable que nous aurons besoin de personnels formés, en mesure d’assurer un premier cordon sanitaire. . Au-delà ette crise révèle une vraie attention à l’autre et une exigence encore plus forte à la qualité de l’environnement. Il faudra créer de l’emploi voire des entreprises afin de produire sur place des biens et des services innovants répondant à l’ensemble de ces nouvelles attentes.

 Cela peut être un facteur d’innovation, c’est pour cela que nous avons lancé le challenge « Safe airport » (cliquez ici) en partenariat avec Choose Paris Region.

Le territoire de Paris-CDG est fortement lié à l’activité de l’aéroport. Selon vous, quel sera l’impact de cette crise sur le territoire ? Quels sont les enjeux ?

Là aussi, c’est encore un peu tôt mais effectivement cette crise risque d’impacter assez sévèrement le territoire. L’activité des aéroports et des compagnies aériennes est à l’arrêt, ce qui touche directement l’activité d’une partie des sous-traitants et des fournisseurs. Nous espérons limiter l’impact de la crise à long terme grâce au redémarrage rapide du trafic, à l’aide de l’Etat et aux mesures mises en œuvre comme, par exemple, le plan d’économie du Groupe ADP. Malgré tout, il y aura sans doute des conséquences à plus long terme sur l’emploi sur le territoire. L’enjeu aujourd’hui est de mettre d’ores et déjà en place un plan d’action pour sécuriser les parcours professionnels et imaginer de nouvelles formations pour y répondre au mieux.

Comme je l’ai déjà dit, ce territoire devra recréer de l’activité autour des nouveaux besoins. C’est tout l’enjeu du soutien à l’entrepreneuriat et à l’innovation sur lesquels l’ensemble des partenaires, entreprises ou collectivités, devront être présents dans les mois et les années à venir.

Nous sommes dans un mouvement global qui, comme ça ne vous aura pas échappé, tend à encourager la relocalisation d’une partie de l’activité et des chaînes de valeur. Cela peut être une chance pour le territoire.

Quelle stratégie est à déployer selon vous pour relancer l’économie et l’emploi de ce territoire ? A court et moyen terme ?

Dans un premier temps il faudra selon moi comprendre l’impact de cette crise sur le territoire à travers une étude quantitative et qualitative : quels besoins ? dans quelles filières ? sur quelles compétences ? Il faudra clarifier les besoins prospectifs pour pouvoir ensuite fournir des formations adaptées avec l’appui de l’Etat, du ministère du travail mais aussi des branches professionnelles.

Je pense qu’à tous les niveaux, les collectivités du territoire ont démontré leur capacité à s’adapter en essayant de comprendre ce qu’il se passait et de réagir au mieux.  Je salue Paris CDG Alliance qui a immédiatement retravaillé son programme de travail pour l’adapter à la situation de crise. Les outils que nous avons collectivement déployés sur le territoire, comme la Cité des métiers du Grand Roissy – Le Bourget, seront vraiment utiles pour faire connaître les offres de formation et orienter le public.

Je pense également qu’il ne faut pas oublier l’écosystème d’innovation et de soutien à l’entrepreneuriat qu’il faudrait déployer plus activement. Cela permettrait de transformer cette crise en « opportunité » et ainsi de voir émerger de nouveaux besoins et attentes des entreprises sur le plan sanitaire et environnemental. Les deux sont présents dans les esprits aujourd’hui. De plus, le fait d’avoir cette injonction à la relocalisation et ce souhait de raccourcissement des chaînes de valeur doit être perçu comme une chance pour développer de nouvelles activités localement. Il faut donner de la visibilité aux emplois mais aussi aux besoins qui émergent et surtout soutenir ceux qui auront le courage d’essayer de lancer une activité en réponse à cela. C’est le signal qu’a voulu envoyer le Groupe ADP avec le challenge « Safe airport » et que nous souhaitons accentuer dans les mois/années à venir.