Aurélien Gomez, Directeur des affaires territoriales d’Air France fait le point avec nous sur l’impact de cette crise sanitaire mondiale sur le secteur de l’aérien. Différents sujets sont abordés comme les actions menées par Air France, l’impact potentiel sur les compagnies aériennes et les solutions à mettre en place pour un rebond de l’activité aéroportuaire.

Face à la crise actuelle, quelles sont les actions mises en place par Air France ? Comment faites vous face à cette situation exceptionnelle ?

L’activité d’Air France, comme celle de beaucoup de compagnies aériennes, a été réduite de plus de 95%.

D’un point de vue financier, l’enjeu pour Air France a été de protéger la trésorerie de l’entreprise. Pour cela, Air France a fortement réduit ses dépenses et a fait appel aux mesures d’aide mises en place par l’Etat. La quasi-totalité des personnels de la compagnie est actuellement en activité partielle. Au-delà de ces mesures d’urgences, Air France et le Groupe Air France KLM sont soutenus par les Etats français et néerlandais ainsi que par des banques via des prêts qui visent à aider le groupe à traverser cette crise.

D’un point de vue opérationnel, Air France et sa filiale Transavia, ont mis en place des actions de rapatriement de citoyens français et européens, en lien avec le Quai d’Orsay. Près de 270 000 personnes ont été rapatriées depuis le 14 mars dernier, dont plus de 150 000 français. Sur les quelques 1800 vols de rapatriement assurés par Air France, des tarifs plafonnés ont été mis en place.

Un pont aérien a par ailleurs été mis en place pour le transport de marchandises, (notamment des masques et du matériel médical). Ainsi, chaque semaine ce sont 500 tonnes de fret sanitaire qui arrivent de Chine avec Air France. La compagnie assure également la continuité territoriale vers les Outre-mer, où Air France est la seule compagnie qui continue d’opérer vers les Antilles, Guyane. En transportant des passagers mais aussi du fret sanitaire ou alimentaire Air France permet à l’économie locale de continuer de fonctionner. (L’adaptation d’Air France face à la crise, interview vidéo d’Amel Hammouda)

Au-delà de ces actions les plus visibles d’Air France, un certain nombre d’actions de solidarité ont été menées. Des milliers de trousses de confort (comprenant des masques pour dormir, bouchons d’oreille, des produits d’hygiène…) ont été offertes par Air France aux patients et personnels des hôpitaux français.

Pour sa part, Air France Industries a contribué à cette mobilisation avec la fabrication de plusieurs centaines de visières en faveur des hôpitaux ou encore par la mise à disposition de bouteilles d’oxygènes pour le transport de patients par l’Armée de l’air.

La Fondation Air France a, de son côté, financé l’achat de 100 ordinateurs pour des jeunes d’ile de France qui n’étaient pas équipés afin de leur permettre de suivre leurs cours à distance.

Quelles sont les priorités d’Air France aujourd’hui ?

La priorité pour Air France c’est de mettre en œuvre des mesures qui permettent de garantir des conditions de transport optimales au regard des standards sanitaires, pour nos clients et nos personnels. Par exemple, le port du masque à bord des avions sera obligatoire à bord de nos avions à compter du 11 mai prochain. Il est obligatoire pour l’ensemble des personnels et agents en contact avec des clients. A ce titre, il est important d’avoir à l’esprit que les avions, à la différence d’autres moyens de transport par exemple terrestres, sont équipés de systèmes de filtration de l’air en cabine très puissants et très performants (équivalent à ceux des blocs opératoires). La performance des filtres permet d’extraire et de filtrer justement les virus de type COVID.

Pour assurer le respect de ces conditions sanitaires et minimiser tout risque de contagion, un protocole additionnel de désinfection des avions a été mis en place.

Ces mesures fortes, qui vont au-delà des obligations réglementaires, associées à celles adoptées par les autres acteurs du voyage et du tourisme, doivent contribuer à donner la confiance nécessaire au redémarrage de l’activité.

La situation liée à la pandémie de Covid-19 bouleverse l’économie mondiale. Selon vous, quel sera l’impact sur les compagnies aériennes ?

Il y a plusieurs enjeux. Tout d’abord celui de redonner confiance à nos clients par l’adoption de mesures sanitaires adaptées, opérationnelles et coordonnées. La reprise que nous attendons tous dépendra en particulier de l’alignement entre les Etats.

Du point de vue économique, la reprise sera conditionnée, à court terme, par la protection de la trésorerie et à moyen terme par l’amélioration de la compétitivité de la compagnie. Pour cela Air France va accélérer son plan de transformation pour ressortir de cette crise plus forte, y compris sur son réseau domestique.  De façon générale, les compagnies aériennes françaises souffrent d’un contexte moins favorable en termes de charges et de taxes. Au regard d’une situation économique qui s’annonce fragile au cours des prochains mois, il est donc important que le cadre fiscal français soit adapté pour permettre aux compagnies françaises et donc à Air France, de se battre à armes égales sur le marché du transport aérien mondial.

Si vous deviez ne retenir que le positif de cette situation, quel serait-il ?

Je pense qu’il faut être lucide, nous sommes face à une crise majeure et inédite. Mais si on veut rester optimiste, je crois que nous pouvons retenir la mobilisation totale des équipes d’Air France et de leur esprit de solidarité pour permettre à nos concitoyens de rentrer en France, d’acheminer les matériels sanitaires, et d’assurer la continuité territoriale avec l’outre-mer. Tout ça nous donne de l’espoir et témoigne de l’importance pour notre pays de pouvoir s’appuyer sur un acteur tel qu’Air France en termes de souveraineté. C’est un atout majeur.

Pour conclure, je rappelle qu’Air France est le premier employeur sur le Grand Roissy – Le Bourget avec plus de 30.000 salariés en emplois directs. Il y a un véritable enjeu à nous mobiliser collectivement afin de redevenir très rapidement le moteur de la croissance de l’économie du territoire et plus largement de l’Île-de-France, du pays.